mercredi 2 septembre 2026

Alain DAMASIO - La Horde du Contrevent

La volte - 548 p. - 50 € - 1ère ed : 2004

Ma critique : Il y a des livres, il y a même les livres, et il y a LE livre.
Celui que l'on emporterait sur une île déserte, celui qu'on conseille et qu'on offre, celui qu'on a envie que tout le monde lise, celui qu'on préfère à tous les autres.

Avant celui-là, il y en a eu un autre. Autre que j'ai relu. Et la magie ne prenait plus.
Cette année, j'ai relu celui-là. 10 ans après sa découverte. Et la magie était toujours là.

Quand je l'ai lu la première fois, il m'avait tellement bousculée, fascinée, éblouie, que je n'ai pas réussi à vous en parler.
Aujourd'hui, j'ai envie de rééssayer.

L'histoire en deux phrases, c'est une horde de 23 personnes qui ont entre 30 et 40 ans et ont été élevées ensemble pour remonter à pieds à l'origine du vent. Dans leur monde, il y a un vent à différentes formes, toutes très violentes, présent en permanence.

Ce qui m'a directement plu, c'est la forme du roman : les pages sont décomptées à l'envers, comme si nous aussi nous remontions avec eux à l'origine. De plus, c'est un roman choral, et chacun des 23 personnages a un logo qui lui est associé, logos que l'on retrouve sous forme de marque-pages et à chaque début de paragraphe où un nouveau personnage s'exprime. Logo que l'on retrouve aussi dans les schémas des formations qu'ils prennent pour contrer le vent.
Ce qui a fini de me convaincre, c'est le style d'écriture : chaque personnage a sa manière de penser, de s'exprimer, que ca soit très familier ou brutal, très érudit ou encore très simple. 
On trouve aussi dans ce roman tout un langage fait de ponctuation qui sert à transcrire le vent. 
Tout cela participe pour moi à l'immersion dans ce roman, il nous happe à même le texte.

Pour ce qui fait l'histoire, l'intrigue, il y a évidemment toute leur quête, leur voyage, leur périple, leur aventure. Avec ses différents obstacles. Mais il y a aussi leurs rares rencontres et surtout l'évolution de chacun au sein de cette horde, leurs relations, leurs manières de penser et vivre leur vie prédestinée et liée les uns aux autres.

C'est un livre qui me plait vraiment dans son ensemble : cette quête à cœur perdu où on se demande comment l'auteur peut tenir autant de page sur la recherche de l'origine du vent, son style d'écriture donc, son érudition, la psychologie des personnages et le fait qu'il soit à la croisée des genres littéraires, entre littératures de l'imaginaire et littérature blanche.
Pour moi c'est un OLNI, un livre vraiment original, qui a tout pour que je l'encense.

Si par hasard je ne vous ai pas convaincu, venez me voir, écrivez-moi, on en discute. Si par hasard vous ne l'avez pas aimé, on en discute aussi, l'échange de points de vue est toujours enrichissant.
Citations : 
"La folie n'est plus folle, dès qu'elle est collective"
"La solitude n'existe pas. Nul n'a jamais été seul pour naître. La solitude est cette ombre que projette la fatigue du lien chez qui ne parvient plus à avancer peuplé de ceux qu'il a aimés, qu'importe ce qui lui a été rendu"

Mots clefs : Imaginaire - Quête initiatique - Vie en communauté - Relations humaines - Vent

Quelques adaptations : 
- BD chez Delcourt
- Théâtre au off d'Avignon 2026
- La Fanfare du Contrevent (Bourgogne)

Ma note : 20/20


lundi 20 juillet 2026

dalie Farah - La sentinelle qu'on ne relève jamais

L'Iconocaste - 20€90 - 256 p. - 2 avril 2026


Présentation de l'éditeur : À 50 ans, dalie Farah se découvre porteuse d’autisme. Elle subit l’environnement social et sensoriel, supporte une crise douloureuse après l’autre. La sentinelle qu’on ne relève jamais, c’est elle. Que lui arrive-t-il ? Très vite, l’enquête intime devient collective. dalie Farah raconte les familles désemparées, les autistes célèbre, les nombreuses femmes diagnostiquées tardivement. Depuis cette différence invisible, sa condition singulière, elle nous interroge : ne sommes-nous pas tous semblables, à percevoir et penser le monde par nos sens et nos corps ? Être soi, n’est-ce pas obéir à ce que l’on est ? L’intensité vibrante de ses mots nous fait éprouver physiquement son ressenti ; son récit dessine un chemin bouleversant où la joie d’écrire éclate à chaque page. 

Ma critique : 
C'est une lecture que je voulais faire depuis un petit moment (avant même sa sortie) car son sujet m'intéresse, bon nombre de mes amis ayant eu un diagnostic plus ou moins tardif d'autisme.

Ici, dalie Farah nous raconte comment elle a vécu sa vie avant, comment elle prend les choses maintenant, et surtout elle nous décrit ce que peut être l'autisme, qui est un large spectre, au quotidien et loin des clichés que nous av(i)ons tous en tête.

Elle y évoque toute sa vie, ses relations, ses parents et sa construction, son métier de professeur, son métier d'écrivain, et toutes les difficultés qui y sont liés, tous les masquages dont on peut faire preuve pour essayer d'être "normal".

C'est un témoignage que je trouve vraiment pertinent et vraiment essentiel.

Encore une fois, il ne s'agit que de son point de vue, de ses difficultés, et on peut parfois s'y reconnaitre ou non : l'autisme étant un spectre, chaque personne autiste vit les choses de sa propre expérience et possiblement différemment.

Merci dalie Farah d'avoir mis des mots sur le diagnostic tardif.

Mots clefs : TSA - Autisme - Neurodivergence - témoignage

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vendredi 26 juin 2026

Laure et Colombe BONNET - Silver scalpel

Editions du Gros Caillou - 21€ - 343 p. - janvier 2025

Présentation de l'éditeur : 
"Lorsque le capitaine Adhémar de Saint-Rémand et son adjointe le lieutenant Daphné Quenot se lancent dans une enquête impliquant un trafic de fœtus humains, ils ignorent que cette affaire les mènera jusqu’aux eaux turquoise de la Barbade. Envoyé sur place pour le compte de la brigade financière, le duo découvre vite que dans le plus grand secret, une unité de recherche scientifique met au point une innovation révolutionnaire."

Ma critique :
Ce qui est drôle avec ce roman, c'est que je serai probablement passée en librairie sans m'arrêter dessus.
Parce que c'est un polar, parce que le titre ne me parle pas, parce que les eaux turquoises ne m'attirent pas et la brigade financière encore moins. Oui, je sais, ça ne commençait pas très bien entre lui et moi.
Sauf que. Il se trouve que l'une des autrices et une amie d'amie (avec qui j'avais passé un lointain jour de l'an) et que l'amie en question me l'a offert. Ca tombait bien, je souhaitais le lui emprunter.
Bref, trêve de blabla.

J'ai adoré ma lecture !!!

L'histoire commence par une scène glaçante qui m'a pas mise très très bien et qui m'a fait hésiter à poser le roman (hmmm je suis faible moi, faut pas me faire lire des choses glauques comme ça ':-))
Cette scène est pourtant nécessaire, très bien faite, pour entrer dans le vif du sujet.

Ensuite on fait la connaissance des protagonistes, les personnages principaux et enquêteurs, Adhémar et Daphné. Et je les ai beaucoup aimés, je m'y suis attachée, j'ai aimé qu'on en sache un peu sur eux, même si j'aurais aimé en savoir encore plus. (Ca me rappelle un peu l'attachement que j'avais pour un certain Adamsberg bien connu des lecteurs de polars...)
Les autres personnages que l'on rencontre au fur et à mesure du roman ne sont pas en reste : certains risibles, d'autres féroces et d'autres encore étranges.

Et puis l'enquête en elle-même est captivante : elle est technique, scientifique même, passe par diverses banches, nous perd un peu, mais m'a attrapée malgré tous les sujets qui ne semblaient pas pour moi.

J'avais hâte de continuer ma lecture et plus je l'avançais, plus je le dévorais.

Si vous avez envie d'un polar original et bien ficelé, je vous le conseille aisément, en espérant qu'il vous plaira autant qu'à moi :)

Mots clefs : roman policier - trafic - mafia

Ma note : 17/20